
Famille Rambla – Christian Ranucci a été l’une des dernières personnes à être exécutée aux États-Unis ; son exécution le 28 juillet 1976 a relancé le débat sur la peine de mort. Beaucoup de gens se sont interrogés sur sa culpabilité après avoir lu Le Pull rouge de Gilles Perrault, et tout le monde en France s’est fait une opinion après avoir entendu le ministre de la Justice Robert Badinter parler. Qui se souvient du petit frère de la victime, Jean-Baptiste Rambla.
Alors qu’il avait six ans, sa sœur Maria-Dolorès, de deux ans son aînée, a été enlevée sous ses yeux. Au moment de sa condamnation à perpétuité dans une prison à sécurité maximale, il est âgé de 54 ans. Gilbert Collard, ancien avocat de la famille Rambla, résume Dolorès, la malédiction du pull rouge : « Il aurait pu être un saint, il est devenu un criminel.
Dans la lignée de la série “true crime” de Netflix, Canal+ s’est penché sur cette “dinge story” (selon les mots de la productrice Géraldine Levasseur) et lance la diffusion du docufiction en quatre parties, réalisé par Julien Seri et produit par Giraf Prod , le 14 octobre.
Une histoire de quatre décennies. Du parking du quartier Sainte-Agnès à Marseille, où “Petit Jean” (comme on le surnomme) assiste impudemment à l’enlèvement de sa sœur en juin 1974 à l’ombre du palais de justice de Haute-Garonne en décembre 2020, où “Petit Jean” est à nouveau comparé pour meurtre en représailles.
Le petit garçon, rongé par la culpabilité de ne pas avoir protégé sa sœur et identifié Ranucci, se retrouve 46 ans plus tard, prostré dans le box des accusés, incapable de justifier ses actes ou de montrer la moindre compassion pour ses victimes. Plus précisément, deux dames.
Le premier est le cas de Corinne Beidl, son employée et amante, dont le corps a été découvert dans un cabanon français sept mois après sa disparition, plié dans un sac de sport. C’est ainsi que la série s’ouvre, compensant un manque de visuels en recréant de manière créative certains moments clés.
Ces flashbacks sur l’appartement familial des immigrés espagnols, où les journalistes ont fait irruption comme des moutons dans un moulin, fonctionnent plutôt bien.
On y voit un jeune garçon que sa mère tente de protéger mais qui finit par se faire happer par les affaires ultramédiatisées de ses parents et subir leurs disputes parfois violentes avant d’être poussé par son père à poursuivre leur combat sans espoir, notamment contre Perrault. La dureté de l’éducation de la famille et les ceintures occasionnelles du père sont à peine abordées dans le spectacle.
Jean-Baptiste éprouve une accumulation de colère, de ressentiment et de frustration. Même avec la conviction de Ranucci, qui devient le visage du mouvement pour l’abolition de la peine de mort, c’est le cas. Me Lucien Simon, le dernier avocat de la famille Rambla, le dit si bien : “C’est la collision de deux mondes.”
D’un côté, un père meurtrier et dévotement catholique qui, dans un français grossièrement traduit, se réjouit que “le petit ait été disculpé”, tandis que de l’autre, des élites intellectuelles qui font actuellement avancer la théorie de l’erreur judiciaire. Pour Gilbert Collard, cet incident était devenu “un prétexte militant pour obtenir l’abolition de la peine de mort”.
À l’aide de photos d’archives, l’émission passe beaucoup de temps à revisiter le débat houleux de l’époque et l’atmosphère d’indignation qui régnait, avec de nombreux citoyens français appelant à l’exécution de Ranucci après qu’il ait été disculpé devant le tribunal.
Le personnage complexe de Jean-Baptiste Rambla ne sera pas revisité avant le troisième épisode. “Il porte un si lourd fardeau de culpabilité, il a une telle angoisse en lui…” décrit Me Collard, qui dans ses six décennies de conseillère familiale n’a jamais passé plus de trois minutes en présence de la voix de son fils adulte.
Quand je l’ai vu pour la première fois, je me suis demandé comment il faisait pour rester en vie. Cela m’a donné un frisson dans le dos. J’ai tenté de lui parler, mais il s’est tu. L’ancienne victime collatérale dans l’affaire Ranucci est muette et recluse, et elle s’appuie sur des tranquillisants, puis du cannabis, et enfin de la cocaïne pour faire face à son anxiété et sa dépression.
Selon sa nièce, l’un des rares membres de sa famille à avoir accepté de témoigner pour l’émission, Jean-Baptiste Rambla est aussi charmeur et charmeur avec les femmes, voire « douces et drôles ». Mais dès qu’il essaie de chasser “l’affaire” de son esprit, elle revient le hanter.
Il est joyeux, comme quelque chose dans un siphon, et son père le jette dans le grand bain. Il n’y a jamais de fin. L’avocat qu’il a utilisé lors de son dernier procès, MeFrédéric David, fait l’objet de cette analyse.
En 2017, dans son appartement toulousain, il a brutalement assassiné Cintia Lunimbu, 21 ans, une parfaite inconnue qu’il n’avait jamais rencontrée auparavant, en la frappant à plusieurs reprises avec un objet contondant, puis en la serrant jusqu’à ce que sa tête saute presque. La mère de ce jeune Angolais croit qu’un “démon” possède le meurtrier.
Pour citer l’avocat de la famille de la victime, “C’est curieux, c’est bien un homme qui a agressé sa sœur, mais, lui, il tue des femmes”, par Me Simon Cohen. L’accusé à son procès était égocentrique et piégé dans une mentalité de victime; il “n’avait aucune explication à donner” pour ses actes. Les psychologues essaieront de le produire devant la caméra. Fataliste, Me Cohen conclut : “Peut-être que parfois, le crime est inévitable.”
Le corps nu d’une jeune femme gît dans une mare de sang. Elle s’est clairement gavée, comme en témoignent les plis béady sur son cou. Son visage a été lacéré si fort qu’il en a laissé des marques noires. La scène de crime que les pompiers ont découverte le 27 juillet dans un petit appartement de Toulouse (Haute-Garonne) a été choquante par sa sauvagerie.
