
Daniel Legrand Fils – Cette pièce fait partie d’une série plus large sur les personnes qui ont été touchées par des questions juridiques. Les histoires de Vjeran Tomic, le voleur d’art condamné ; Jean-Baptiste Rambla et les fantômes du scandale Ranucci ; et Dominique Baudis, tombé dans le piège d’une « histoire faite pour tuer », sont également recommandés.
Le proverbe français dit : « Il n’y a pas de plus grande souffrance que celle de l’injustice. Lorsque le fils de Daniel Legrand lit les mots qu’il a adressés au président français Jacques Chirac en décembre 2005, il n’a aucune raison de croire que ses ennuis sont terminés.
A l’issue de son second procès, il a été reconnu coupable d’appartenir à un vaste réseau pédophile opérant en France et en Belgique ; dix ans plus tard, il a été jugé une troisième fois pour les mêmes infractions présumées.
Lorsque le scandale d’Outreau de 2001 a éclaté dans le nord de la France, Daniel Legrand était le plus jeune des accusés. Issu d’une famille ouvrière, il se retrouve aujourd’hui au milieu de ce que le président Chirac a qualifié de “catastrophe judiciaire sans précédent”, avec douze autres personnes.
Nous sommes à la fin de l’an 2000 dans le quartier branché de la Tour du Renard à Outreau, Pas-de-Calais. Myriam Badaoui, son mari Thierry Delay et leurs quatre enfants, Chérif (également connu sous le nom de Kevin), 10 ans, Dimitri (maintenant 8 ans), Jonathan (maintenant 6 ans) et Dylan (4 ans) appellent tous cet endroit leur maison. Une famille accablée par l’alcoolisme et la pauvreté qui ne peut se sortir de sa situation sans l’aide d’organismes sociaux.
Alors que l’an 2000 tire à sa fin, on signale que des personnes envoient des alertes au sujet d’agressions sexuelles sur des enfants. Quatre enfants déclarent avoir été maltraités par leurs parents et les amis de leurs parents au cours de l’enquête. Depuis 2001, les enfants nomment les adultes qui, selon eux, ont permis les abus sexuels qu’ils ont signalés.
Myriam Badoaoui et Thierry Delay ont été arrêtés le 6 mars 2001 et détenus dans un espace public. Après avoir été déférés devant le juge d’instruction, Fabrice Burgaud, ils sont mis en examen pour “viols sur mineurs” et “proxénitisme”.
L’enquête est dirigée par un jeune magistrat d’à peine 29 ans pour qui il s’agit de sa première mission après avoir terminé sa formation. Contrairement à sa femme, qui blâme également les voisins, Thierry Delay nie catégoriquement toutes les accusations portées contre lui. Les suggestions des enfants lors des auditions sont ajoutées à la liste.
Au mois d’avril, six personnes sont citées à comparaître : Aurélie Grenon et David Delplanque, leurs voisins du cinquième étage ; Sandrine et Franck Lavier, leurs voisins du quatrième étage ; Thierry Dausque, l’ancien compagnon de leurs voisins du premier étage ; et Jean-Marc Couvelard, leur voisin handicapé du troisième étage. La liste des victimes possibles s’allonge également. Le jour de l’interrogatoire de masse, seize enfants sont entendus.
Au fil des entrevues des enfants, Karine Duchochois, David Brunet, Roseline Godard (alias « la boulangère ») et François Mourmand sont interrogés. Les mères des enfants non seulement corroborent leurs déclarations, mais ajoutent également qu’à partir du mois d’août, le jeune juge estime avoir fourré son nez dans un vaste réseau pédophile couvrant la France et la Belgique.
Une expérience déchirante pour le tout nouveau juge lorsque le scandale Marc Dutroux éclate. Le nom de Danny Legrand, le propriétaire belge d’un sex-shop où des dizaines de mineurs auraient participé à des orgies, revient sans cesse.
Alain Marécaux, sa femme Odile, le chauffeur de taxi Pierre Martel et les prêtres ouvriers Dominique Wiel et Gérard Doisnel sont au centre d’un nouveau scandale. Et les deux Daniel Legrands, l’aîné et le cadet, sont des compositeurs. Peut-être que l’un des deux se fait appeler “Danny” et que le juge le soupçonne d’être impliqué dans des activités illégales de l’autre côté de la frontière. En fait, leurs maisons se trouvent à moins de dix kilomètres de la Belgique.
Le père, un métallurgiste de 48 ans aux dettes croissantes, et son fils, alors âgé de 20 ans, ont été placés en garde à vue le même jour de novembre 2001. Le père, à l’usine de Boulogne-sur-Mer où il travaille, est connu sous le nom de “la bête” en raison de sa force et de son dévouement au travail. Myriam Badaoui, l’ex-femme présumée de Thierry Delay, affirme qu’il est le chef de file de l’organisation dans les abus sexuels sur les enfants.
Le fils, qui avait 20 ans au moment de notre entretien, aspire à devenir footballeur comme son héros Franck Ribéry, qui a lui aussi grandi dans le quartier du Chemin-vert à Boulogne-sur-Mer. Sa famille se compose de cinq enfants, dont il est le plus jeune. Myriam Badaoui affirme avoir filmé des orgies contre rémunération.
Le jeune homme avoue avoir commis des actes pédophiles sur les enfants du mariage Delay-Badaoui lorsqu’il est entendu par le juge Burgaud en janvier 2002. Au point d’écrire une lettre au juge, il décrit comment, en 1999, il a été témoin du meurtre et violence contre une jeune femme belge. Myriam Badaoui affirme que le corps a été enterré dans un jardin industriel et ne sera jamais retrouvé.
Se rétractant en février, Daniel Legrand Jr. Comme l’a dit le juge Burgaud : « Je lui ai tout dit. Il m’a dit : « Une demoiselle vient d’être relachée parce qu’elle avoué », comme il l’expliquera plus tard à un journal de Ouest France. J’espère passer Noël avec ma famille, le juge a été bon avec moi, j’ai été très déçu”, poursuit-il.
En juillet 2003, les cours ont pris fin et dix personnes, dont les Legrand (le père et le fils) ont été renvoyées à leur place. Le procès du présumé réseau pédophile franco-belge se déroulera à Saint-Omer entre les mois de mai et juillet 2004.
